Le Cameroun est en deuil après l’annonce du décès de Me Yondo Mandengue Black, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Cameroun, survenu ce jeudi 16 octobre à l’âge de 83 ans des suites d’une longue maladie. Figure emblématique de la lutte pour le multipartisme dans les années 1990, Me Yondo Black laisse derrière lui un héritage indélébile dans l’histoire politique et juridique du pays. Des hommages affluent, tandis que les préparatifs de ses obsèques sont en cours.
Une vie dédiée à la justice et à la démocratie
Né en 1942 à Douala, Me Yondo Black s’est imposé comme l’un des avocats les plus respectés du Cameroun. Élu bâtonnier de l’Ordre des avocats en 1985, il a marqué les esprits par son courage et son engagement pour les droits humains et la démocratie. Dans les années 1990, alors que le Cameroun vivait sous le régime du parti unique, il fut l’un des pionniers du mouvement pour le retour du multipartisme. En 1991, il cofonda le Front des Alliés pour le Changement (FAC), une coalition d’opposants qui a défié le pouvoir en place, malgré une répression brutale.
Arrêté en février 1990 avec d’autres figures comme Albert Mukong, Me Yondo Black fut emprisonné pour ses idées politiques, accusé de “subversion”. Son procès, largement médiatisé, devint un symbole de la lutte pour la liberté d’expression. Libéré sous la pression internationale, il continua à plaider pour une justice indépendante et un État de droit, tout en restant une voix respectée dans les cercles juridiques et politiques.
Un hommage vibrant de Maurice Kamto
L’annonce de son décès a suscité une vague d’émotion à travers le pays. Maurice Kamto, leader du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC) et ancien disciple de Me Yondo Black, a rendu un hommage poignant sur les réseaux sociaux : “Me Yondo Black était un géant, un modèle d’intégrité et de courage. Il a pavé la voie pour le multipartisme et inspiré des générations d’avocats et de militants. Sa disparition est une perte immense pour le Cameroun, mais son legs vivra éternellement.” Cet hommage reflète l’admiration que suscitait l’ancien bâtonnier, même parmi les nouvelles générations de leaders politiques.
D’autres figures, comme le président de l’Ordre des avocats, Me Charles Tchoungang, ont salué “un homme de principe, dont l’héritage judiciaire continue d’éclairer notre profession”. Sur les réseaux sociaux, notamment sur X, les messages de condoléances se multiplient, avec des hashtags comme #YondoBlackImmortel, témoignant de l’impact de l’avocat sur la société camerounaise.
Une fin discrète pour un homme de combats publics
Selon des sources proches de la famille, Me Yondo Black s’est éteint dans un hôpital de Douala, entouré de ses proches, après avoir lutté contre une maladie qui l’avait affaibli ces dernières années. Retiré de la vie publique depuis plusieurs années, il continuait néanmoins à conseiller des avocats et des militants dans l’ombre. Sa discrétion dans ses dernières années contrastait avec la fougue qui l’avait caractérisé lors des batailles judiciaires et politiques des années 1990.
Un héritage qui résonne dans un contexte tendu
Le décès de Me Yondo Black intervient dans un climat politique particulièrement chargé, alors que le Cameroun attend les résultats de l’élection présidentielle du 12 octobre. Pour beaucoup, sa disparition rappelle les luttes inachevées pour la démocratie et l’État de droit qu’il incarnait. “Il nous a appris à ne jamais baisser les bras face à l’injustice”, a déclaré un jeune avocat à Douala, résumant l’état d’esprit de nombreux Camerounais.
En ces temps incertains, le souvenir de Me Yondo Black pourrait galvaniser ceux qui aspirent à un changement politique. Son courage et sa ténacité resteront une source d’inspiration pour les générations futures, dans un pays où les idéaux qu’il défendait sont plus que jamais d’actualité.





