21 octobre 2025 – Dans les résultats provisoires de la présidentielle du 12 octobre, publiés par la CNRGV, Pierre Kwemo (UMS) et Hermine Patricia Tomaïno Ndam Njoya (UDC) – deux figures de l’opposition issues de la région de l’Ouest – affichent des scores faméliques : 0,28 % (environ 12 900 voix) pour Kwemo et 1,66 % (76 721 voix) pour Njoya. Ces performances anecdotiques, au cœur d’une région bamiléké historiquement contestataire, interrogent. Pourquoi ces “fils de l’Ouest” n’ont-ils pas mobilisé leur base ? Entre fragmentation, manque de charisme et boycott implicite, les raisons abondent.
Une opposition éclatée, au profit des outsiders
L’Ouest, poumon économique et réservoir de votes anticoloniaux, a toujours été un bastion de l’opposition. Pourtant, en 2025, le vote s’est éparpillé. L’exclusion de Maurice Kamto (MRC), leader incontesté de la région, a créé un vide béant. Sans lui, les électeurs bamilékés – frustrés par 42 ans de règne de Biya – ont déserté les urnes ou se sont tournés vers le profil plus disruptifs. Issa Tchiroma Bakary , perçus comme des “traîtres repentis” ou des jeunes dynamiques, ont capté l’énergie du changement, laissant Kwemo et Njoya en rade.
Kwemo, 69 ans, député du Haut-Nkam et vétéran socialiste, incarne un héritage usé. Son Union des mouvements socialistes (UMS), fondée en 1990, peine à renouveler son discours. Accusé de proximité avec le régime dans les années 2000, il n’a pas su se démarquer dans une campagne dominée par les accusations de fraude contre Paul Biya. “Kwemo parle socialisme, mais l’Ouest veut du concret : emplois, routes, fin de la corruption”, analyse un militant anonyme sur les réseaux.
Njoya : Héritage familial sans souffle neuf
Hermine Patricia Tomaïno Ndam Njoya, 56 ans, seule femme en lice et maire de Foumban, hérite d’un nom prestigieux. Veuve d’Adamou Ndam Njoya, décédé en 2020, qui avait frôlé les 2 % en 2018, elle dirige l’UDC depuis cinq ans. Pourtant, son 1,66 % – un demi-point de mieux que son époux en 2011 – sonne comme un échec. “L’UDC est vue comme un parti familial, coincé entre traditions bamoun et modernité”, déplore un observateur de RFI. Sa campagne, axée sur l’éducation et l’égalité genre, a buté sur un manque de visibilité : budget modeste, meetings confinés à l’Ouest, et faux sondages relayés en avril pour la discréditer.
De plus, Njoya a pâli face à la “crise générationnelle”. À Foumban, fief royal, le sultan Nabil Mbombo Njoya a voté, mais sans endosser publiquement sa nièce politique. “On voulait Kamto ; Njoya, c’est du réchauffé”, confie un étudiant de Bafoussam.
Facteurs structurels : Régime verrouillé et fatigue électorale
Au-delà des profils, le système joue contre eux. Le RDPC, au pouvoir, contrôle les médias et les ressources : campagnes financées à coups de milliards pour Biya, tandis que les petits partis peinent.
Les experts comme Christian Marcel Moumeni soulignent une “opposition atomisée” : 12 candidats, zéro alliance viable. Kwemo et Njoya, isolés, n’ont pas fédéré. “C’est le syndrome du vote utile inversé : on snobe les ‘locaux’ pour des mirages nationaux”, ironise t-il .
Leçon pour l’alternance ?
Ces scores pitoyables interrogent l’avenir de l’Ouest en politique. Sans refondation – alliance avec le MRC, discours inclusif –, la région risque de se marginaliser. Ces échecs rappellent : au Cameroun, défier Biya exige plus qu’un ancrage régional. Il faut un vent de révolte collective. Pour Kwemo et Njoya, ce scrutin est un avertissement : l’héritage seul ne vote pas.





