À peine les échos du nul frustrant (0-0) contre l’Angola retombés, les Lions Indomptables se retrouvent au cœur d’une crise interne qui menace leur préparation pour les barrages de la Coupe du monde 2026. La Fédération Camerounaise de Football (Fecafoot) bouillonne de tensions, avec des critiques acerbes contre le sélectionneur Marc Brys, accusé de résultats mitigés et de conflits ouverts avec la direction. Dans ce climat électrique, l’ancien international Stéphane Mbia sort du bois pour voler à son secours, appelant à l’unité autour du technicien belge.
Les qualifications pour le Mondial 2026 ont tourné au cauchemar pour les Lions Indomptables. Deuxièmes de leur groupe D avec 15 points après dix journées, les Camerounais ont raté la qualification directe au profit du Cap-Vert, leader invaincu. Le parcours sous Marc Brys, nommé en avril 2024, est un yo-yo : des victoires convaincantes contre la Libye (3-1) et le Cap-Vert (3-0) en juin ont ravivé les flammes, mais des revers cuisants – défaite 1-0 au Cap-Vert en septembre et nul stérile face à Maurice (2-0) – ont éteint les espoirs. Le nul contre l’Angola, le 13 octobre à Yaoundé, a scellé un bilan extérieur lamentable : zéro victoire hors des frontières.
Cette contre-performance a exposé les failles d’un groupe talentueux mais désuni. Le secteur offensif, emmené par un Vincent Aboubakar (33 ans, sans club) en méforme, peine à concrétiser, tandis que la défense, malgré des individualités comme André Onana, craque sous la pression. Les supporters, furieux, scandent déjà des slogans anti-Brys dans les rues de Douala et Yaoundé, et sur les réseaux sociaux, les hashtags #BrysDémission et #LionsEnDanger cartonnent.
Au sein de la Fecafoot, la situation est explosive. Le sélectionneur belge, connu pour son franc-parler, n’a pas mâché ses mots après le nul angolais. « On s’est qualifié rapidement pour la CAN, les gens oublient ça », a-t-il lancé en conférence de presse, avant de dénoncer des « choses extrasportives » et des conditions logistiques indignes : hôtels médiocres, retards dans les paiements, et ingérences du ministère des Sports. Ces sorties ont ravivé un bras de fer avec Samuel Eto’o, président de la Fecafoot, qui lui reproche 18 griefs, dont refus de réunions et manque de collaboration.
Roger Milla, légende des Lions et icône nationale, n’a pas été tendre : « Des joueurs qui disent que Marc Brys est leur patron ? N’importe quoi ! Dans quel pays un entraîneur est le patron des joueurs ? Même en 1800, c’était mieux dirigé ! » a-t-il tonné sur les ondes, pointant du doigt une hiérarchie inversée. Un journaliste camerounais a même accusé Brys d’être « un coach qui ne pourrait pas diriger une sélection en Europe », critiquant son manque d’humilité face à Eto’o. Sur les réseaux sociaux, les débats font rage : des influenceurs pleurent le « grand coach » Rigobert Song, évincé en 2023, tandis que d’autres, comme qualifient Brys de « couverture » pour l’adjoint Joachim Mununga.
Brys, dépité, a rétorqué dans une interview exclusive : « Je ne suis pas là pour faire la guerre, mais pour performer. Laissez-moi travailler ! » Mais avec les barrages en novembre au Maroc – un tirage au sort imminent qui pourrait les opposer à la RD Congo, où le sélectionneur Sébastien Desabre prévient déjà : « Nous défendrons fièrement nos couleurs » –, le temps presse. Des rumeurs de limogeage circulent, avec Richard Towa, ex-entraîneur des Lionceaux, en piste pour remplacer le Belge.
C’est dans ce tumulte que Stéphane Mbia, retraité depuis 2019 mais toujours influent (69 sélections, 5 buts), apporte un éclair de sérénité. L’ancien milieu de Marseille et Tianjin, qui avait salué les débuts prometteurs de Brys en juin (« Il met tout le monde au diapason »), a défendu le sélectionneur contre les critiques. « Marc Brys n’est pas le problème, c’est le chaos autour qui l’étouffe », a-t-il déclaré sur une chaîne sportive locale, appelant à la patience : « Donnez-lui du temps. Il a qualifié l’équipe pour la CAN sans drame, et regardez le potentiel : Baleba, Kofane, ces jeunes ont besoin de stabilité, pas de guillotine. »
Mbia, qui avait lui-même connu des tensions avec Hugo Broos en 2016, insiste sur l’unité : « Les Lions, c’est une famille. Critiquer Brys aujourd’hui, c’est saboter nos chances aux barrages. Soutenons-le, comme on soutenait Song ou Conceição dans les moments durs. Le Cameroun a les talents pour viser le Mondial ; il faut arrêter les divisions internes. » Son intervention, relayée massivement sur X, a calmé certains supporters, mais ravivé les clivages : pour les pro-Eto’o, Mbia « minimise les erreurs tactiques lunaires » de Brys.
Avec une neuvième participation au Mondial en ligne de mire – la dernière en 2022 s’était soldée par un élimination en poules face au Brésil –, les Lions marchent sur des œufs. Les barrages, format aller-retour en novembre, offriront une seconde chance, mais face à des mastodontes comme le Congo ou potentiellement d’autres outsiders, Brys devra imposer son 4-3-3 fluide et remotiver un vestiaire fracturé. La Fecafoot, sous pression, envisage une médiation urgente avec le ministère pour apaiser les tensions.
Pour Mbia et ses soutiens, c’est l’occasion de « renaître dans la douleur », comme en 1990 lors des quarts mythiques. Mais si les critiques persistent, le rêve 2026 pourrait virer au cauchemar. Les Camerounais, passionnés et impatients, attendent des actes, pas des mots. Les prochains jours diront si l’unité l’emporte sur le chaos.





