Quatre jours après l’élection présidentielle du 12 octobre, le Cameroun est secoué par des manifestations et des tensions post-électorales qui menacent de dégénérer en violences généralisées. Des accusations de fraudes massives ont déclenché des protestations dans plusieurs villes, avec des incidents notables à Douala, Garoua et Dschang. Alors que le dépouillement des votes se poursuit et que les résultats officiels sont attendus d’ici le 26 octobre, les autorités appellent au calme, mais les observateurs craignent une escalade similaire à celle de 2018.
Les premières manifestations ont éclaté dès le 13 octobre, au lendemain du scrutin, dans un contexte de suspicions croissantes autour de la transparence du processus électoral. À Douala, la capitale économique, des centaines de manifestants se sont rassemblés pour dénoncer ce qu’ils qualifient de “falsification massive des bulletins”. Des témoins rapportent des scènes de colère, avec des slogans anti-régime et des appels à une “révolution pacifique”. Similairement, à Garoua, dans la région du Nord, les protestations ont tourné à l’affrontement : un engin de la gendarmerie a été incendié près de la résidence du candidat Issa Tchiroma Bakary, qui a lui-même revendiqué la victoire deux jours plus tard. À Dschang, dans l’Ouest, des groupes d’opposants ont bloqué des routes, accusant les autorités locales de manipulation des procès-verbaux (PV).
Ces points chauds – Douala, Garoua et Dschang – émergent comme les foyers principaux de la contestation. Douala, avec sa population dense et son histoire de mobilisations politiques, représente un risque majeur en raison de son influence économique. Garoua, bastion de l’opposition dans le Nord, est marquée par des tensions ethniques sous-jacentes, tandis que Dschang, dans une région traditionnellement volatile, pourrait voir les troubles se propager vers les zones rurales environnantes.
La situation s’est aggravée les 15 et 16 octobre, avec une intensification des violences. À Dschang, des émeutes ont causé des dégâts matériels importants au tribunal local, où des manifestants ont brisé des fenêtres et incendié des documents administratifs. “C’est un acte de désespoir face à un système truqué”, a déclaré un leader local anonyme à la presse. À Douala 5e arrondissement, des rassemblements ont dégénéré en heurts avec les forces de l’ordre, faisant plusieurs blessés légers selon des sources hospitalières. La police anti-émeute a été déployée, utilisant des gaz lacrymogènes pour disperser les foules.
La presse locale, notamment L’Œil du Sahel et Mutations, dresse un bilan mitigé de ces événements. L’Œil du Sahel note une “sérénité relative” dans le Grand Nord, où les manifestations restent sporadiques, mais met en garde contre un “effet domino” si les accusations de fraudes ne sont pas adressées. Mutations, plus critique, évoque des “risques d’escalade imminente”, citant des sources au sein de l’opposition qui préparent des recours judiciaires massifs.
Plusieurs figures politiques ont réagi avec vigueur. Le candidat Cabral Libii (PCRN) a déclaré le 15 octobre : “Nous ne laisserons pas voler notre victoire. Les Camerounais méritent la transparence, et nous appelons à une mobilisation pacifique pour défendre chaque vote.” Mamadou Mota (MRC), autre leader de l’opposition, a quant à lui averti dans un communiqué : “Les forces de l’ordre doivent cesser les répressions ; sinon, le pays risque une spirale de violence incontrôlable.”
Du côté du gouvernement, le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a tenu une conférence de presse le 14 octobre pour inviter au calme : “Toute tentative de déstabilisation sera réprimée avec fermeté. Les résultats seront proclamés dans le respect de la loi.” Le président sortant Paul Biya, silencieux jusqu’à présent, est attendu pour une allocution, mais des rumeurs circulent sur une possible déclaration d’état d’urgence dans les zones affectées.
La diaspora camerounaise, active sur les réseaux sociaux, amplifie ces voix. Des appels à des manifestations internationales ont été lancés depuis Paris et Washington, avec des hashtags comme #CamerounVoteVolé gagnant en popularité.
Les analystes politiques soulignent un risque élevé d’escalade, particulièrement si les résultats préliminaires favorisent Paul Biya, comme le suggèrent certains fuites non vérifiées. Les divisions au sein de l’opposition – entre ceux qui appellent à la rue et ceux qui privilégient les recours légaux – pourraient aggraver la situation. De plus, les tensions ethniques dans les régions anglophones, déjà fragiles depuis la crise de 2016, pourraient être ravivées par ces troubles.
Les autorités ont renforcé la présence sécuritaire dans les points chauds, mais des ONG comme Amnesty International appellent à une enquête indépendante sur les incidents. En attendant les résultats du Conseil constitutionnel, le Cameroun reste sur le fil du rasoir, entre aspiration au changement et peur d’un chaos généralisé.





